Il est arrivé, le troisième jeudi de novembre

Le 20 novembre est là. Il n’est plus possible de reculer. Le temps des vins primeurs est arrivé ! Intéressons-nous à la star de ces vins ! Celui que vous aimez détester. Celui que vous buvez malgré tout dans l’espoir de déceler un arôme incongru ou tout simplement pour passer un bon moment autour d’un canon. Le beaujolais nouveau !

Le beaujolais nouveau est arrivé
Dans chaque ville et dans tous les quartiers
Dans nos bars et dans tous nos cafés
Le beaujolais nouveau est arrivé

Jean-Jacques Paquet, et tant d’autres l’ont chanté ! Mais d’où vient-il vraiment ? On trouve les origines des vins nouveaux dès l’Antiquité. Non content d’avoir inventé la démocratie, les Grecs nous ont également légué le vin nouveau. Célébré lors des Anthestéries dédié au dieu Dyonisos, le vin nouveau fait l’objet d’une journée appelée « fête des pichets ». Cette journée est l’occasion de s’émerveiller du renouveau de la nature et surtout de boire un bon coup. Des pichets de vin nouveau sont servis et des jeux à boire sont organisés :

 « Oyez, peuples! Selon l’usage de vos pères, célébrez les Conges en buvant au son de la trompette. Celui qui aura vidé le sien le tout premier recevra une outre… » Aristophane, Acharniens.

L’histoire du vin en Beaujolais n’est pas aussi vieille. Il faut remonter au XVIIIème siècle pour voir la vigne et sa culture vraiment s’implanter dans cette région. Depuis, le vignoble va se développer progressivement pour atteindre des sommets de popularité grâce à son vin nouveau. La première étape importante de l’histoire des vins du Beaujolais se situe en 1937 où le Beaujolais obtient son AOC. Ensuite vient la seconde guerre mondiale, de nombreux artistes, journalistes et personnalités du monde de la culture viennent à Lyon pour fuir l’envahisseur. Or pour citer Léon Daudet : « Lyon est une ville arrosée par trois grands fleuves : le Rhône, la Saône et le Beaujolais. » La vie y est un peu moins difficile que dans la capitale lors des premières années de la guerre et tout ce monde se retrouve dans les « bouchons » autour d’un pot de « beaujo ». Le Beaujolais commence à se construire sa renommée.

1951. C’est là que tout commence. Grâce à Jean Laborde alors député du Rhône, le Beaujolais obtient l’autorisation de vendre en primeur. C’est la naissance du Beaujolais nouveau. Mais il faudra attendre quelques années avant que le succès ne vienne à sa rencontre. Sous l’action conjointe de Georges Duboeuf négociant, Jean Tixier publicitaire et Pierre Boisset courtier chez Nicolas, le Beaujolais nouveau va se faire une place au soleil. Entre 1960 et 1970, la production va être multipliée par 1000 ! Et puis la déferlante va s’abattre sur la France. En 1975, René Fallet publie son roman le « Beaujolais Nouveau est arrivé ». Le primeur fait son entrée dans la culture populaire. Bernard Pivot, l’enfant du Beaujolais, devient un fervent défenseur de ce petit vin gouleyant. 1975 est aussi l’année du premier lancement médiatisé du Beaujolais Nouveau. Depuis les salons du palais Bourbon, Edgar Faure président de l’Assemblée nationale va baptiser le Beaujolais nouveau lors d’une soirée sous le parrainage de Georges Brassens et Mireille Mathieu. Dès lors, plus rien ne va résister au Beaujolais Nouveau et à ses excès médiatiques. Les lancements sont de plus en plus fous, le monde est conquis, les japonnais en raffolent. La messe est dite.

En 1998, année bénite, le Beaujolais Nouveau va atteindre son apogée avec près de 1 400 000 hl produits dont plus de 800 000 hl pour l’exportation ! Depuis, le succès se fait moindre. Longtemps loué, le Beaujolais Nouveau a mauvaise presse. Il était le vin des copains, des bons moments passés au comptoir, il est devenu l’emblème des beaufs et des alcoolos. « Les bonnes années, il nettoie le carrelage, les mauvaises, il le raye » Cette phrase qu’on prête à Eddy Mitchell illustre bien l’image écornée de ce vin. Certes la machine médiatique autour de ce petit vin primeur est allé trop loin avec des dérives incroyables : souvenons-nous de ces braves Japonnais se baignant dans une piscine de Beaujolais Nouveau , mais il reste un étendard de la culture française à l’étranger. En 2009, Périco Legasse et Bernard Pivot décident de créer un Comité de défense du Beaujolais pour redorer le blason d’un vin et d’une région injustement critiquée.

Car le Beaujolais ne se limite pas à son vin primeur. C’est une région viticole qui connait douze AOC : Beaujolais, Beaujolais Village et dix crus parmi lesquels Saint Amour, Juliénas, Morgon, Brouilly… Alors ce soir, trinquons tous autour d’un pot de Beaujolais Nouveau et il nous restera 364 jours pour découvrir un vignoble sous-estimé mais qui fait la fierté du toute une région.

Bernard.

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