Brèves de Caviste #1

Oui, tout comme celles de comptoir existent, j’ai décidé de narrer celles de mon métier, caviste.

Ici et là, je m’en vais piocher les petites pépites que j’ai eues à entendre ou constater…

Je mentionnerai très certainement les cuvées ou les vignerons « incriminés » dans ces instantanés de mes journées et soirées. Sachez qu’elles seront très certainement ponctuées d’un dosage d’humour propre à moi-même et que je ne force personne à en rire 😉


« Grololo », la cuvée des Pithon-Paillé en Grolleau 100% :

Une soirée de débâcle au « Lot » Of Wine (c’est quand on la salle et le bar sont remplis, qu’on se fait marcher sur la tête et que l’envie nous vient de pousser les murs, une soirée classique en fait !)…

Une jeune femme retient mon attention…

Une jeune femme que j’avais trouvée étrange car, arrivée avec un petit groupe de personnes mais jamais vraiment restée en leur compagnie. Toute virevoltante et assez curieuse de tout ce qui se passe de l’autre côté du bar, elle passe pour la énième fois aux abords de notre « site de production intensif d’assiettes victuailleuses » et, à ce moment-là, on ouvre une quille de « Grololo »…

Grololo

Interloquée et subitement incendiaire, la jeune femme s’insurge, peste et hausse le ton à la faveur de ses sourcils puis nous déverse un :

Ah c’est bien un truc de mec ça ! Non mais c’est quoi cette étiquette ? La parité on n’y est pas encore !!

L’attention des habitués du bar se meut petit à petit en bruits soutenus des hilarités intérieures, ça pouffe tout contenu, les lèvres pincées, ça rit en toute discrétion derrière les mains.
Courroucée et en attente d’une attention collective, elle poursuit :

Et pourquoi n’y a-t-il pas un vin qui s’appelle « Bibite » ?

Ce sur quoi mon homme (qui œuvrait d’ores et déjà au remplissage des verres au bar) lui rétorque, de sa plus vive répartie toute Cadurcienne :

Sans doute parce qu’aucun cépage ne se nomme « Bite » ?

Un ange est passé juste après ça… Se faufilant entre les rires enfin dé-contenus et devenus explosifs des convives autour… Mais la part de cet ange là n’était rien que pour elle…

On n’a pas cru bon de lui donner l’occasion de goûter ce fameux « Grololo »… A tort ou à raison !

De la relativité…

Un vin exceptionnel… Qu’est-ce qui rend un vin exceptionnel ?

D’aucuns disent qu’il est issu d’un grand terroir. D’autres qu’il est fait par un grand vigneron. Pour beaucoup, il faut les deux. Certains disent qu’il se doit d’être cher ; ils y voient un signe de la reconnaissance publique de sa grandeur. Il doit aussi être en bio, ou pas. Rouge ou blanc. Puissant ou sur la finesse (les deux, c’est aussi possible). Long évidemment, et souvent la complexité est exigée.

Tout ceci fait le bon vin, voire le très bon vin.

Chacun(e) aura donc son panthéon personnel, selon ses propres critères. Tous relatifs.

Ce qui rend un vin exceptionnel à mes yeux, c’est la façon dont je l’ai bu et probablement encore plus avec qui.

N’étant ni œnologue, ni dégustateur professionnel, encore moins sommelier ou « prince des gastronomes », je ne me risquerai pas à décréter qu’un vin est grand. J’assume par contre de dire que j’ai trouvé un vin exceptionnel. Exceptionnel s’entend pour moi, mes petites papilles et mon gros cœur.

Il se trouve que ce Chambolle-Musigny Les Amoureuses de 1966 fut un vin exceptionnel.

Cette bouteille déjà évoquait à l’amateur que je suis une promesse. Son climat était à lui seul un poème. La simplicité de l’étiquette et son âge apparent, visible, disait sa probable conservation dans de bonnes conditions… Sa robe encore vive, d’un rose avec des reflets bruns, se paraît d’éclats de soleil qui se reflétaient dans les yeux de ma convive, allumant des étoiles de surprise et de plaisir. Toujours vivant, d’une suavité peu ordinaire, des notes de vieille rose – de celles que l’on retrouve sèches dans une boite de souvenirs -, de pruneaux, de fruits rouges confiturés, et d’un poil d’animal encore jeune, la bouche tenait plus ses promesse que le nez, si délicat qu’il fallut plusieurs minutes pour qu’il sorte de son repos de plus de 40 ans.

Il fallait bien que ce soit elle qui m’accompagne pour cette dégustation, pour magnifier la douceur et l’histoire contenue dans cette bouteille. Ce vin était réellement très bon. Ce qui l’a rendu exceptionnel pour moi, ce furent nos regards de connivence et le partage de ce moment.

Voilà une partie de réponse pour savoir en quoi un vin est exceptionnel. Il est le fruit de l’Homme (majuscule pour inclure nos amies vigneronnes, œnologues… et convives) plus que celui d’un lieu, bien que celui-ci doive permettre aux choix de s’exprimer et à la vigne de vivre selon ses goûts. Le vin est un vecteur pour enrichir une relation humaine.

Qu’est-ce donc qui rend un vin exceptionnel ?

Ma réponse est qu’un vin exceptionnel, c’est un bon vin partagé avec une personne qui vous est exceptionnelle : c’est une réponse humaine à notre désir de ne plus être seuls.

Philippe, Caviste à Le Lieu du Vin