Le rosé, une spécialité et un art de vivre !

Et pourtant…
Jouissant d’une mauvaise presse auprès de la plupart des gens, ne saisissant ses atouts en mains qu’en période estivale voire soleilleuse, passant pour un petit vin de « table » uniquement digne d’un apéritif et d’ailleurs trop rarement choisi lors d’une invitation à dîner, le rosé est le poussin «différent » de toute la portée des vins…
QUEL DOMMAGE !

En même temps, on ne connaît que très peu des vins rosés (pire, on se dit peut-être qu’il n’y a rien à savoir !).
Et si on s’en faisait une meilleure idée ?

Du haut de ses 26 siècles, il est le plus ancien des vins et c’est avec les Grecs qu’il est né (à leur arrivée à Marseille), puisqu’on ne connaissait pas les rouages de la macération et celle avec les peaux du raisin mêlées au jus était peu utilisée, on produisait alors des vins clairs… Le vin rouge, messieurs dames, ne fera son apparition qu’ au XVIIème siècle seulement !

Un vin rosé est issu d’un raisin normalement utilisé pour un vin rouge, seule une fermentation plus courte et contrôlée dans une recherche d’aspect de coloration, sans être justement un rouge, il est pourtant digne de grand vin lorsque les secrets talentueux d’un bon vigneron s’en occupent ! Notamment si le dit vigneron fait de très bons vins blancs (… message subliminal «on »… A l’attention de Messieurs Matthieu et Xavier Ledogar, Olivier Pithon, Benoît Danjou et autre Sylvain Boutée… message subliminal «off » …).

Allez, la « minute théorique » un brin chiante (car technique) pour les non-initiés… Qui reviendra souvent ici de ma part (sauf si vous décidez que c’est vraiment trop chiant). On y va ?

Deux méthodes possibles pour faire un vin rosé (3 en fait) :

1 – La saignée :

Après la vendange, comme toujours, le raisin est foulé (égrappé ou non).
Une première macération en cuve très courte (24h en moyenne mais cela peut atteindre 36h selon les régions et surtout la couleur souhaitée), ce pour que la peau du raisin ait le temps de donner les tanins (pour la matière et la structure du vin) et les anthocyanes (qui eux donneront la coloration).

S’en suit la fameuse et ancestrale « saignée » qui consiste à tirer jusqu’à 20% du jus de la cuve, ou tout pour certaines régions. Ce soutirage sera ensuite vinifié comme un vin blanc (on parlera des vinifications bientôt !)

Quant au reste de la cuve (s’il y en a) il terminera gentiment son chemin pour une vinification en rouge…

Cette technique était toujours celle retenue par nos grands-parents et arrière-grands-parents.

2 – Le pressurage direct :

Après la vendange, foulage des raisins. Sauf que cette fois-ci, on ne met pas en cuve, on presse !
Le seul temps du pressurage suffira ici à jouer de première macération, on poursuivra ensuite comme pour un vin blanc. C’est ce qu’on appelle un « blanc de noir » (oui, comme en Champagne !)

Tiens, dis-donc, parlons-en justement de la Champagne… Car c’est bel et bien dans le sujet puisqu’une troisième méthode la caractérise ! (Si, si…)

3 – Couper : (Et là, j’entends des voix courroucées qui huent… ‘Tendez les gars, je m‘explique…)

Quand on dit qu’en France, il est interdit de mêler vin blanc et vin rouge pour obtenir du rosé, soit de « couper » dit-on (quoiqu’en 2009, au niveau européen, on n’est pas passé loin de la prise de la Bastille par nos vignerons -armés de fourches et de sécateurs- en voulant soudainement l’autoriser ). Et bien ça n’est pas du tout vrai, puisque chez nos amis de la bulle champenoise, c’est aussi ainsi qu’on élabore certains Champagne rosés !

On joint par exemple le Pinot Noir à son collègue Chardonnay et on « ajuste » par la coloration de leur assemblage… Une astuce qui fait de ces « assemblages hors normes » (surtout ceux Chardo/Pinot Noir) des vins de belle garde, contrairement à leurs acolytes qui sont dits « de saignée » (car faits pour marquer l’expression de leur fruit et appréciés tels quels). Alors est-ce que couper c’est tricher ?

Les vins rosés sont réellement des vins de toutes saisons, les boire en été seulement c’est s’amputer soi-même du droit au bonheur d’une dégustation près de l’âtre (ou du radiateur, amis parisiens) !

Il n’est pas uniquement question de fraîcheur quand on boit du rosé, c’est aussi toute l’amplitude d’un vin rouge ou blanc quand il s’exprime dans son caractère, dans ce qu’il a de plus « terroiriste » ! Sortir des adages qui disaient « petit rosé » ou vin « de fille », c’est pas bien compliqué…

Si la plus grosse production chez nous est Provençale (près de 141 millions de bouteilles !) elle ne représente aujourd’hui que 35% de la production française qui compte en tout 6,33 millions d’hectolitres… Vertigineux pas vrai ? Quand je vous dis que vous passez outre à ne le boire qu’en été 😉

Mais oui, beaucoup de vignerons (Sud-ouest, Rhône, Roussillon, Languedoc, Corse, Bordeaux et alentour, Loire) pratiquent de plus en plus « la chose » et de ce fait, donnent un sursaut aux habitudes, bousculent un peu les consommateurs. En France, 45% (soit 420 millions de bouteilles) de rosé sont en Appellation (pour les « petits vins », vous repasserez, hein ?!).

Pour en finir, je n’ai qu’un cri : Osez ! Fichtre, bougre, diantre ! Tentez donc les Languedoc, les Rhône ou les Loire, les Corse et vous comprendrez qu’il est mille et une manières d’appréhender le rosé. Alors pitié, ne vous asseyez plus chez moi en disant : « -Donnez-moi un p’tit rosé, s’il vous plaît »… Car promis, c’est moult découvertes et surprises auxquelles vous irez à la rencontre… Tout autant qu’il peut être sournois de tenter des accords mets et vins assez « exotiques » !

 Nath, Caviste à « Lot » Of Wine